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Rosa Luxemburg avait été accusée d'incitation à la violence pour une déclaration effectuée devant le Congrès du Parti à Iéna en septembre 1905! Le texte suivant est sa déclaration devant le tribunal. Elle sera condamnée à deux mois de prison qu'elle effectuera en 1907.
Déclaration devant le tribunal de Weimar
D’après un article de journal
La camarade Luxemburg :Je suis étonnée de la grande légèreté avec laquelle le ministère public a accusé la social-démocratie d’être responsable des débordements de Hambourg.
Le président : Je dois vous demander d’être plus circonspecte dans vos déclarations.
La camarade Rosa Luxemburg poursuit :
A Hambourg, la social-démocratie s’est élevée contre ces violences et il a été prouvé juridiquement qu’elle n’y était pour rien. D’autre part, le procureur s’est élevé contre le ton de mon discours. On peut parler avec passion tout en tenant un discours purement scientifique.
Nous, sociaux-démocrates, n’avons pas besoin d’appeler par des discours enflammés à la grève de masse lors de nos congrès. Au contraire nous voyons en cela des élucubrations anarchistes. Nous partons de l’analyse scientifique que la violence est toujours le fait de la classe dominante.
Notre tâche à nous est d’éduquer et d’organiser les masses. On dit que mon discours était révolutionnaire. Tous les discours de la social-démocratie sont révolutionnaires, mais révolutionnaires dans le sens seulement qu’ils visent à un bouleversement complet et fondamental des conditions existantes.
Ce point de vue, c’est celui que j’ai défendu dans ma brochure sur la grève de masse. Justement moi, je défends le point de vue qu’une grève de masse ne peut pas se décréter arbitrairement.
On a dit ensuite que je m’étais souvent référée à la révolution russe. Il ne faut pas oublier que la révolution russe constitue la première expérience où l’on ait pu étudier la grève de masse. Tout intellectuel bourgeois qui veut étudier la grève de masse, doit étudier la révolution russe.
Cela ne signifie pas que la grève de masse pourrait être transplantée artificiellement sur le territoire allemand.
Mais il faut considérer que je parlais devant le Congrès, devant l’élite du prolétariat allemand. Et c’est sous-estimer terriblement la maturité politique et la force intellectuelle des militants sociaux-démocrates que de croire qu’on pourrait par un discours les inciter à la violence.
C’est sous-estimer tout simplement la maturité de la classe ouvrière allemande.
Le discours que j’ai prononcé devant à Iéna, j’aurais pu le tenir dans n’importe quelle réunion publique.
Les travailleurs allemands ont prouvé qu’ils sont capables de contenir leurs passions. Car s’ils ne se sont pas laissés inciter à la violence par des propositions de loi comme la [Zuchthausvorlage], la [Umsturzvorlage] et [celle actuellement s'attaquant aux droits syndicaux], ils ne se laisseraient pas plus entraîner par un discours prononcé à un Congrès.
Ce sont ceux qui sont à l’origine de cette loi qui devraient se trouver ici sur le banc des accusés, et non moi. Je ne m’associe pas à la demande de non-lieu par crainte des maux et tracas d’une peine de prison – cela m’est complètement indifférent – mais parce que je juge qu’une peine de prison serait préjudiciable au développement des débats au sein de notre parti.
Traduction c.a.r.l., 21 juillet 2014
Merci des améliorations que vous pourriez apporter à cette traduction
Texte dans Gesammelte Werke, Band 3, P 188/190
Grève de Hambourg : 17 janvier 1906. Tentative de grève de masse. 80 000 grévistes pour protester contre la limitation du droit de vote. Heurts avec la police.
3
Zuchthausvorlage : 20 juin 1899. Proposition de loi de loi contre les grèves attaquant le droit de coalition et de grève. Rejeté le 20.11.1899. Umsturzvorlage : 6.12.1894 : Modifications du code pénal, du code militaire et de la loi contre la presse. La proposition de loi contre la subversion dite 'Umsturzvorlage' visait à sanctionner les tentatives de subversion de l'opposition social-démocrate. Rejetée en deuxième lecture le 11 mai 1895. Betreffend gewerbliche Berufsvereine. Après la dissolution du Reichstag le 13 décembre 1906, projet reporté.
