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La fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle a été une marche continue vers la guerre marquée par les conflits liés à la concurrence entre Etats nationaux et au colonialisme. Loin d'être la responsabilité d'un peuple, voire d'un seul Etat, en l'occurence l'Etat allemand (le traité de Versailles est l'une des principales origines du fascisme avec la répression par la social-démocratie de la révolution spartakiste), elle est due au développement de l'impérialisme et au ralliement de lIème internationale. Rosa Luxemburg a accompagné chaque pas vers le conflit mondial de ses analyses et de son action. Le texte suivant a été écrit pour le conflit russo-japonais.
Rosa Luxemburg utilise le 1er mai pour tenter de mobiliser et affirme que la réalisation de la paix ne peut venir que d'une révolution socialiste (au sens de l'époque). C'est ce que nous devons garder en mémoire en cette année d'hypocrite commémoration officielle.
Combien de 1er mai, depuis la mort de Rosa Luxemburg, ont été célébrés au milieu des bruits de la guerre, et comme cette année en France, avec la social-démocratie réformiste au pouvoir.
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Rosa Luxemburg. Paru dans "Le Socialiste", 1-8 mai 1904
La fête de Mai de cette année tire un relief particulier de cette circonstance qu'elle est célébrée au milieu du bruit de la guerre. Par là, son caractère de démonstration en faveur de la paix du monde prend naturellement le dessus cette année. Mais plus que jamais, en présence de la guerre, la démonstration spécifique prolétarienne doit aussi être l'expression de cette idée, que la réalisation de la paix universelle ne peut être conçue que liée à la réalisation de notre but final socialiste.
Si la guerre russo-japonaise a démontré quelque chose, c'est toute la vanité des spéculations de ces socialistes « humanitaires », qui prétendent fonder la paix du monde sur le système d'équilibre de la Double et de la Triple alliance. Ces panégyristes des alliances militaires ne pouvaient assez exprimer leur enchantement de la période de trente ans de paix dans l'Europe centrale et, se basant sur ce fait, proclamaient déjà tout naturellement « la paix en marche » et « l'humanité dans la paix ». Le tonnerre des canons de Port-Arthur, qui a fait trembler convulsivement les Bourses européennes, rappelle à l'intelligible voix à ces idéologues socialistes de la société bourgeoise que, dans leurs fantaisies sur la paix européenne, ils n'avaient négligé qu'un seul facteur : la politique coloniale moderne, qui a, dès à présent, dépassé le stade des conflits européens locaux en les transportant sur le Grand Océan. La guerre russo-japonaise donne, à présente, à chacun conscience que même la guerre et la paix de l'Europe, ses destinées, ne sont plus décidées entre les quatre murs du concert européen, mais au dehors, dans la gigantesque Maelström de la politique mondiale et coloniale.
Et c'est en cela que réside la grande signification de la guerre actuelle pour la démocratie-socialiste, même abstraction faite de son effet immédiat : l'effondrement de l'absolutisme russe. Cette guerre ramène les regards du prolétariat international sur les grandes connexités politiques et économiques du monde et dissipe violemment dans nos rangs le particularisme, la mesquinerie dans les idées, qui se forment dans toute période de calme politique.
La guerre arrache complètement tous les voiles dont le monde bourgeois, ce monde de fétichisme économique, politique et social, nous enveloppe constamment.
La guerre détruit l'apparence qui fait croire à l'évolution sociale pacifique, à l'omnipotence et à l'intangibilité de la légalité bourgeoise, à l'exclusivisme national, à la stabilité des conditions politiques, à la direction consciente de la politique par ces « hommes d'Etat » ou des partis, à la portée capable d'ébranler le monde des chamailleries dans les Parlements bourgeois, au parlementarisme, comme centre prétendu de l'existence sociale.
La guerre déchaîne, en même temps que les puissances réactionnaires du monde capitaliste, les forces génératrices de révolution sociale qui fermentent en leurs profondeurs.
Eh bien, nous célébrons, cette fois, la fête de Mai sous âpre brise, l'allure fortement précipitée des événements dans le monde.
Rosa Luxemburg - Parti démocrate-socialiste de Pologne et de Lituanie
