On a publié plusieurs recueils de lettres, dont beaucoup écrites en prison. Ils sont incomplets, car les destinataires aussi bien que les éditeurs ont opté pour la discrétion : beaucoup étaient codées et furent détruites. Celles qui sont parvenues montrent l'importance que revêtait la correspondance pour Rosa durant ses périodes d'isolement. Toujours consciente du pouvoir de sa plume, elle avait recours à l'écriture quand la parole semblait traîtresse ou inadéquate; maintenant que les lettres remplaçaient le contact personnel, elle transformait son talent en art. Les lettres, composées avec la plus grande minutie et qui pourtant semblaient si naturelles, introduisaient les destinataires dans sa cellule. Ses amis répondaient volontiers à son intelligence, à son amitié et à sa nostalgie. Dans sa correspondance, elle s'affirmait avec plus de force encore qu'elle ne l'avait fait en personne. Elle redisait sa fierté et sa résolution, son défi et sa faiblesse - cette menace toujours redoutée. La prison n'avait pas d'importance, prétendait Rosa: elle était assez forte our soutenir et protéger ses amis, pour leur remonter le moral et rire avec eux. Pourtant, entre les lignes qu'elles fussent lyriques, furieuses, joyeuses ou tristes, au-delà de son intérêt pour la nature, l'art et la littérature, perçait un désespoir qu'elle ne pouvait étouffer ...
(Belfond 1986 - P 237-239)
