Ce texte sur la dette est publié sur le site geocities et l'on voit comment les analyses de Rosa Luxemburg sur le début de ce processus (au XIXème siècle) peuvent enrichir la réflexion d'aujourd'hui.
II. Naissance et développement du crédit international
L'investissement international a une longue histoire, nous pouvons dire qu'il prend sa source à l'époque des premières croisades (1095-1192). C'est à Genève, Venise et Amsterdam que le crédit international commence à déployer son activité.
Dés le XVI éme siècle, des maisons d'investissements géraient de vastes regroupements de capitaux. Au XVII éme siècle, la Bourse d'Amsterdam qui avait ouvert ses portes en 1631, domine la finance internationale. Avec la création de la Banque d'Angleterre en 1694 le centre financier va se déplacer vers Londres. La puissance financière de l'Angleterre est confirmée par sa suprématie maritime et sa victoire de la bataille de Trafalgar en 1805, et celle de Waterloo pour la suprématie terrestre.
Marx fera état de cette saga financière en ces termes:
"avec les dettes publiques naquit le système de crédit international qui cache souvent une des sources de l'accumulation primitive chez tel ou tel peuple. C'est ainsi, par exemple, que les rapines et les violences vénitiennes forment une des bases de la richesse en capital de la Hollande, à qui Venise en décadence prêtait des sommes considérables. A son tour, la Hollande, déchue vers la fin du XVII éme siècle de sa suprématie industrielle et commerciale, se vit contrainte à faire valoir des capitaux énormes en les prêtant à l'étranger et, de 1701 à 1776, spécialement à l'Angleterre, sa rivale victorieuse.
Et il en est de même à présent de l'Angleterre et des Etats Unis, maint capital qui fait aujourd'hui son apparition aux états unis sans extraits de naissance n'est que de sang d'enfants de fabrique capitalisé hier en Angleterre." (le Capital Tome Ier chapitre 31)
En effet au milieu du XIX éme siècle, 43% de la richesse de l'Angleterre était exportée aux Amériques, pendant que l'Europe continentale entrait en révolution. En 1913, "l'Atelier du monde" c'est-à-dire l'Angleterre avait autant investi à sa périphérie (Inde, Egypte, Amérique latine...) que dans les pays développés.
Rosa Luxemburg dans son Tome 2 de "l'accumulation du capital » fait état de cette fuite en avant du capital:
"Les contradictions de la phase impérialiste se manifestent très nettement dans les contradictions du système des emprunts internationaux. Ces emprunts sont indispensables à l'émancipation des jeunes Etats capitalistes ascendants et en même temps ils constituent le moyen le plus sûr pour les vieux pays capitalistes de tenir les jeunes pays en tutelle, de contrôler leurs finances et d'exercer une pression sur leur politique étrangère, douanière et commerciale. Ils sont le moyen le plus efficace d'ouvrir de nouvelles sphères d'investissement au capital accumulé des vieux pays, mais aussi de créer à ceux-ci en même temps des concurrences nouvelles, d'élargir brusquement le champ d'action de l'accumulation capitaliste tout en le rétrécissant en même temps." (Rosa Luxembourg " l'emprunt international, p. 93 éd. Maspéro.)
Rosa Luxemburg explique, comment, inévitablement les exportations de capitaux dans les pays de la périphérie permettent, pendant un temps d'écouler la surproduction des pays du centre tout en provoquant des crises et des krachs en bourse..
" L'exportation de capitaux anglais en Amérique était de la plus haute importance dés les alentours de 1820, c'est elle qui fut la cause principale de la première véritable crise industrielle et commerciale en 1825 " (L'emprunt international p 93)
Rosa Luxemburg constate, qu'entre 1870 et 1875,des emprunts importants furent contractés à Londres qui entraînèrent une croissance rapide des exportations de marchandises anglaises dans les pays d'outre-mer. Malgré les faillites périodiques de ces pays, le capital continua à y affluer en masse.
En 1870,les pays qui suivent avaient pratiquement suspendu le paiement des intérêts de la dette:
La Turquie, l'Egypte, la Grèce, la Bolivie, Costa-Rica, l'Equateur, le Honduras, le Mexique, le Paraguay, St-Domingue, le Pérou, l'Uruguay, le Venezuela. Ceci n'altéra que partiellement, le capital anglais, dés 1880 les prêts internationaux reprenaient leur expansion, mais avec cette fois la présence de capitaux français, Allemands et Belges.
Les contours de la première guerre mondiale, qui devait saper la puissance financière de l'empire britannique commençaient à se dessiner ...
(Publié dans Echanges n° 184, été 1997)