Police et armée – dernières armes de la politique intérieure en Prusse. 1910
C'est une très longue intervention de Karl Liebknecht devant les députés du Landtag de Prusse en 1910 - c'est alors l'un des points culminants des combats sociaux-démocrates en Prusse et dans tout l'empire..
Liebknecht y passe en revue tout ce qui touche à l'action de la police des autorités militaires dans la société et plus particulièrement face aux travailleurs : les attaques au droit de manifester, au droit d'affichage, au droit des étrangers, aux possibilités d'accéder à des lieux pour les meetings et les rassemblements, Liebknecht multiplie les exemples concrets qui témoignent de l'âpreté de ce combat.
Il décrit et entre autres par une multitude d'exemples les pratiques policières qu'il résume par cette phrase qui trouve son écho aujourd'hui :
"Messieurs, la rubrique «Protection contre ceux qui nous protègent» est devenue quasiment permanente dans notre presse"
1910 Police et armée – armes ultimes de la politique intérieure en Prusse.
Polizei und Militär – letzte Waffen der preußischen Innenpolitik Rede im preußischen Abgeordnetenhaus zum Etat des Ministeriums des Innern
[Nach Stenographische Berichte über die Verhandlungen des Preußischen Hauses der Abgeordneten, 21. Legislaturperiode, III. Session 1910, 2. Bd.,
... Un autre domaine où il est effectivement urgent de remédier à la situation est celui des mauvais traitements infligés par les fonctionnaires de police. Messieurs, la rubrique «Protection contre ceux qui nous protègent» est devenue quasiment permanente dans notre presse. Elle a d'abord été introduite dans les journaux sociaux-démocrates, mais déjà depuis bien longtemps, les journaux bourgeois de toutes sortes ont repris ce mot d'ordre. (acclamations.)
Pas seulement le "Berliner Tageblatt" ! Mais ce n'est pas non plus en fait un journal social-démocrate. (Rires sur les bancs de la droits droite.).
Mais, c’est tout à notre honneur, Messieurs : Si, lorsqu’un journal bourgeois commence pour une fois à devenir raisonnable, vous le qualifiez de social-démocrate. (Rires à droite. "Très juste !" sur les bancs du groupe socialiste).
Les mauvais traitements infligés par les policiers, que ce soit dans la rue dans l'exercice de leurs fonctions ou dans les commissariats, sont extrêmement fréquents. Je dispose d’une documentation considérable à ce sujet à ce sujet, mais je ne vais pas vous la dérouler ici, afin de ne pas m’attirer à nouveau le reproche, de jouer avec votre temps de manière frivole. Mais, Messieurs, je me permets de vous faire remarquer que les commissariats de police, en particulier à Hanovre, à Dortmund et à Breslau, sont considérés par l'ensemble de la population pour ainsi dire comme des chambres de torture où l'on procède à des passages à tabac de façon quasi régulière et systématique. Ce type de «traitement» du public par la police, qui n'est pas vraiment rare non plus à Berlin, a fait l'objet de plusieurs procédures judiciaires à Hanovre - j'en ai cité quelques exemples récemment à l'occasion de la discussion sur le budget de la Justice - ainsi qu'à Breslau, à Dortmund et, comme on le sait parmi d’autres lieux, à Berlin aussi,
En ce qui concerne plus particulièrement Breslau, notre parti s'est engagé sur une nouvelle voie depuis quelque temps. Il a fait l'expérience suivante : s’il se contentait de transmettre à la presse des accusations de mauvais traitements commis dans un poste de police, il se retrouvait avec une inculpation sur le dos et comme les fonctionnaires de police sont, par nature, peu enclins à faire honneur à la vérité lorsqu'il s'agit de leur personne, nos camarades de parti sont naturellement tombés en règle générale dans le panneau. C'est la raison pour laquelle ils ont récemment pris la décision d’accompagner les personnes maltraitées à la préfecture de police pour y demander personnellement réparation. Malheureusement, jusqu'à présent, cette méthode n'a pas permis d'obtenir un résultat significatif ...
Il est de fait regrettable que l'on doive souligner que nos tribunaux, chaque fois que des preuves des abus et des exactions de la part de fonctionnaires de police leur ont été rapportées, se sentent néanmoins obligés lors de la décision concernant la peine à prononcer – et dès lors qu’ils n’ont pas la preuve absolument formelle d'un tel abus -, de protéger les fonctionnaires de police qui n’ont pas pu être accusés de manière absolument formelle, d'une façon qui, à mon avis, n'est pas du tout appropriée. Nos tribunaux devraient se rendre compte que la police est là pour le public, et non l'inverse ; ils devraient se rendre compte que tout citoyen qui dénonce des abus au sein de la police défend en fait les intérêts les plus légitimes de la population, qu'il acquiert un mérite et qu'il n'est pas possible d'intervenir vraiment énergiquement dans de telles affaires sans commettre parfois des erreurs. Si les tribunaux admettaient que toutes ces attaques contre la police découlent d'une aspiration sacrée et sérieuse à l'amélioration de nos conditions politiques internes, ils ne pourraient pas prononcer des jugements aussi rigoureux que ceux qui sont malheureusement encore presque universellement pratiqués chez nous . ...
Légende de l'illustration : Moabit. Auf Verlangen des Großindustriellen Hugo Stinnes kamen 1910 gegen streikende Arbeiter rund 1000 Polizisten zum Einsatz. Die Bilanz: zwei Tote und rund 250 Verletzte.

/image%2F1507914%2F20230807%2Fob_87ce96_kaiserreich-polizeiterror-1910.jpeg)
/image%2F1507914%2F20230807%2Fob_faaee9_sans-titre.jpg)