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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 19:07
Corps francs

Corps francs

Une fausse nouvelle d'un massacre commis par ceux que l'on nomme indistinctement "Spartakistes", un droit de tirer à vue et sans procès décrété par un ministre social-démocrate, des tribunaux d'exception pour des jugements sans juges, sans procès dans des cafés, des marins attirés dans un piège et abattus, le camarade de Rosa Luxemburg, Leo Jogiches assassiné d'une balle dans le dos comme Karl Liebknecht lors d'une prétendue tentative de fuite, des corps francs, troupes pré-fascistes employés contre des ouvriers et insurgés, un quartier de Berlin bombardé par voie aérienne pour la première fois dans une guerre intérieure, des mitrailleuses, des bombes ... 1200 morts reconnus.

 

Ce qui s'est passé en ce mois de mars 1919 à Berlin est invraisemblable.

 

Pourtant, en lisant les articles presque quotidiens de l'Humanité, une chose apparaît : On constate qu'elle n'a perçu ni l'importance des événements de Berlin, ni la violence extrême de la répression exercée par les socialistes majoritaires, en particulier par Noske, le ministre social-démocrate majoritaire, ni la gravité de l'utilisation des corps francs et de l'armée qui inaugurent le glissement vers les SA, le nazisme. Depuis plusieurs ouvrages sont parus en Allemagne qui décrivent cette révolution méconnue et assassinée avec une violente précision.

 

Triste aussi : une indifférence qui transparaît pour les ouvriers et révolutionnaires.

Tanks dans les rues de Berlin

Tanks dans les rues de Berlin

Dans l'Humanité du 1er mars
Noske dit :  « Par des procédés démagogiques tels qu'on n'en peut concevoir de plus dangereux, on essaie de travailler l'opinion contre les volontaires. Le but du discours de Cohn peut être seulement de détruire et de rendre inutilisable le dernier instrument qui nous ayons encore pour nous prémunir contre l'anarchie et l'effondrement." Noske cité dans l'Humanité du 1er mars 1919
L'Humanité - 1er mars 1919

L'Humanité - 1er mars 1919

Les articles se composent en général de petites informations mises bout à bout et de différentes sources.

EN ALLEMAGNE
Dans l’expectative


La situation en Bavière reste la même. Le gouvernement de Berlin n'ose et ne peut, sans doute, intervenir.
Le commandant de la place de Munich ayant interdit les réunions, les spartakistes» décidèrent de résister, même par la  
force.
Le conseil central des onze n'arrive pas davantage à faire respecter son autorité. Les 2° et 3° corps bavarois ont refusé de  
lui obéir.
Suivant la Gazette de Voss, la situation à Munich est considérée comme grave. Les communistes ne sont pas seulement maîtres des édifices publics, des établissements et installations de transport, mais sont aussi en possession de l'imprimerie des
billets de banque.
Tous les membres bavarois de l'Assemblée nationale se sont réunis mercredi soir, sans distinction de partis, pour discuter la
situation.
Enfin, hier, le Congrès des C. O. S. a dû décider si la Bavière sera une République des Soviets ou un Etat parlementaire.
Les communistes auraient pris de nouveaux otages, entre autres, les « anciens ministres Dandl et Hertling.

Sympathies des socialistes berlinois
Bâle, 23 février. -- On télégraphie de Berlin
L'assemblée des C. O. S, berlinois a promis aide et assistance à la République bavaroise des Soviets. Elle a décidé d'élire un nouveau comité exécutif. La séance s'est achevée dans le tumulte le plus grand. Le président, Richard Muller, a appelé l'attention générale sur le danger que présentait pour Berlin la stagnation  industrielle et commerciale à laquelle était en proie l'Allemagne centrale. Il a mis les conseils des C. O. S. en garde contre l'anarchie économique et politique. - (Radio.)

Qui dirigera les affaires étrangères,?
Le docteur M.n, ancien directeur des usines Krupp, qui avait assisté, mercredi, a la séance du congrès des C. O. S. est subitement reparti pour Berne jeudi matin.
De son côté, M. Foerster, représentant de la Bavière à Berne, a décliné les offres du gouvernement. Le- ministère des affaires étrangères reste donc ainsi sans titulaire. - {Radio.)

Les députés protestent
On télégraphie d'Augsbourg que les députés membres de l'Assemblée nationale et appartenant à tous les partis ont publié une proclamation. Ils condamnent les meurtres politiques et toute espèce de dictature, reconnaissent à la Diète la seule autorité légale.
Ils protestent contre les spartakistes qui, disent-ils, ne sont point la majorité.

Fin des grèves d'Essen
Bâle, 28 février. - On télégraphie d'Essen :
Huit mille mineurs sont redescendu» dans les puits. Tous les puits travaillent à l'exception de treize. La grève peut donc être considérée comme virtuellement terminée. - (Radio.)
En revanche, on annonce que la situation est grave à Dusseldorff, qu'en Haute- Silésie on s'attend à la grève générale et que, à Bitterfeld et à Ecleenburg, des grèves de sympathie ont éclaté en faveur des spartakistes de Halle.
On s'attend même à ce que les villes industrielles de Géra et de Greiz se joignent au mouvement

A l'Assemblée Nationale
A l'Assemblée nationale, 1 majoritaire, Hue souligné le mouvement révolutionnaire, disant que le peuple est entraîné dans un abîme.
Un indépendant, Cohn, déclare : « Le gouvernement des majoritaires approuve que des mitrailleuses soient dirigées contre les grévistes. »
Noske dit :
« Par des procédés démagogiques tels qu'on n'en peut concevoir de plus dangereux, on essaie de travailler l'opinion contre les volontaires. Le but du discours de Cohn peut être seulement de détruire et de rendre inutilisable le dernier instrument que nous ayons encore pour nous prémunir contre l'anarchie et l'effondrement
« Les indépendants peuvent faire ce qu'ils veulent. La réception d'argent russe et son emploi est pour eux un chapitre si pénible, qu'ils ne pourront jamais se justifier devant le pays. »
La loi sur la défense nationale est ensuite votée.

Dans l'Humanité du 3 mars
« Nous combattrons sans pitié toute contrainte, toute erreur. "

Noske, cité dans  L'Humanité du 3 mars 1919

L'Humanité - 3 mars 1919

L'Humanité - 3 mars 1919

En 1ère page

La Révolution allemande

LE GOUVERNEMENT LANCE UN APPEL AU PEUPLE

Berne, 2 mars. - Le gouvernement d'Etat adresse à la classe ouvrière allemande un appel qui est reproduit par tous les journaux du 1er mars et dont voici les passages essentiels :

« L'anarchie économique et l'anarchie politique menacent de détruire l'empire. Les terroristes veulent supprimer par tous les moyens l'Assemblée nationale, issue du peuple, d'après le plus libre système électoral qui soit. Ils veulent couper Weimar du reste de l'empire et frapper définitivement l'Assemblée nationale et le gouvernement d'empire.

« Nous déclarons que l'Assemblée nationale doit poursuivre à tous prix ses travaux, afin de dominer la situation économique et politique dans laquelle se débat l'empire. C'est un mensonge  de prétendre que 1'Assemblée nationale et le gouvernement d'empire veulent frustrer le prolétariat des fruits de la révolution.

Nous restons inébranlablement attachés aux principes de la démocratie. Nous défendons le droit de disposer de lui-même, à l'intérieur comme à l'extérieur.

« Nos dangers économiques sont encore plus pressants que les dangers politiques; Nos stocks ne nous permettent plus d'alimenter l'empire jusqu'à la prochaine récolte. Le blocus ronge nos moelles. Des milliers d'Allemands, meurent de sous-alimentation. D'innombrables fabriques sont arrêtées et le nombre des chômeurs s'accroît; Le travail seul peut nous sauver ; toutes les grèves nous rapprochent de l'abîme. Dans l'Allemagne nouvelle, le travail est un devoir social ; nous réprimerons l'oisiveté et les vices qu'elle engendre.

« Nous combattrons sans pitié toute contrainte, toute erreur ; toutes les vies humaines nous sont sacrées- La révolution n'autorise pas les faits de violence et de meurtre. Après quelques années d'une guerre affreuse qui a anéanti tant de valeurs et qui a fait couler une mare de sang, nous ne voulons pas que la guerre civile vienne dévaster notre patrie. La majorité de 28 millions d'électeurs, a convoqué le gouvernement d'empire - Que Le peuple tout entier s'allie avec nous contre la violence. » .

Les Concessions gouvernementales

D'après les dernières dépêches, le gouvernement cherche toujours un compromis qui permette de donner dans 1a constitution une place aux conseils d'ouvriers. Une solution proposée serait de fonder des chambres de travail à côté des administrations des communes, des États et de l'Empire. Les chambres auraient le droit de vote sur toutes les mesures prises par les autorités, et de même que l'Assemblée nationale, pourraient réclamer le référendum.

Par ces questions dont on ne saurait méconnaître la portée, le gouvernement, espère éviter "la grève générale » préparée à Berlin pour le 5 mars. Hier, également la reprise du travail a commencé, dans le bassin de la Ruhr et la calme relatif qui semble devoir se rétablir en Bavière et en Allemagne centrale constitue un apaisement pour la population.

En même temps, on prévoit un crédit de deux millions de marks, dans le budget de guerre, pour remédier à la crise des logements. L'Information

 Dans l'Humanité du 4 mars
"Seul Noske envisage la situation avec sérénité. Il promet que dans quatre jours les troupes gouvernementales auront réduit les insurgés." Dans l'Humanité du 4 mars 1919
L'Humanité - 4 mars 1919

L'Humanité - 4 mars 1919

LA RÉVOLUTION OUTRE-RHIN

La Crise allemande paraît s'étendre

De longues et confuses dépêches annoncent que le spartakisme est en hausse.
Les grèves s'étendent à toute l'Allemagne. La Bavière résiste et tend à supprimer la représentation parlementaire. Des
manifestations sont annoncées à Berlin et tous les socialistes paraissent mécontents.
Le Vorwaerts, lui-même, envisage la démission du gouvernement.
Seul, Noske envisage la situation avec sérénité. Il promet que dans quatre jours les troupes gouvernementales auront ré
duit les insurgés.
Il nous est difficile de juger la situation avec certitude.
Il est certain que les troubles sont fréquents et graves.
Les C. O. S. et les indépendants paraissent disposés à prendre leur revanche.
Ils organisent un nouveau congrès et préparent de nouvelles élections de délégués.

À Berlin

Bâle, 3 mars. - De grandes manifestations sont projetées à Berlin pour les premiers jours de la semaine. On s'attend à
une grève générale ï l'électricité manquera probablement, demain. Le colonel Reinhardt, gouverneur de la ville, a déclaré
qu'il réprimerait le mouvement gréviste par tous les moyens. Hier et aujourd'hui, par suite d'une grève des compositeurs,
aucun journal n'est paru.


Le mécontentement augmente parmi les socialistes majoritaires qui estiment n'avoir pas retiré de la "révolution les résultats escomptés. Comme le gouvernement Scheidemann paraît impuissant, à donner satisfaction aux exigences des ouvriers, une crise sérieuse menace le Parti et la démission du gouvernement actuel est attendue à bref délai.
Dans un leader article, le Vorwaerts demande que le gouvernement ait le courage de démissionner s'il ne peut, pas obtenir  de l'Assemblée de Weimar qu'elle fasse droit aux exigences justifiées des travailleurs.  (Radio.)

En province

On annonce que les troupes gouvernementales sont entrées à Halle. La situation s'aggrave à Leipzig où la grève des bourgeois complique la situation. Sous la conduite de Rühle, la foule aurait enfoncé les portes de la prison et délivré les détenus.
Même incident à Koenigsberg ; à Thorn, au contraire, les troupes ont été les plus fortes.
Le Vorwaerts écrit qu'à Hambourg les troupes et les spartakistes se battent avec violence, Deux majoritaires auraient été
fusillés et cent douze spartakistes arrêtés.
A Brunswick, on a dû décider, hier, si l'on proclamerait la République de conseils.
A Dresde, la grève est décidée. Enfin, une dépêche Radio dit qu'à Weimar on s'attend à ce que les indépendants soient les maîtres de la situation.

Propagande aérienne

Bâle, 3 mars. - Samedi, vers midi, des avions survolèrent la ville. Ils lancèrent une proclamation émanant des garnisons.
bavaroises de Bamberg, Bayreuth, Sulzbach, Ratisbonne, Straubing, Erlangen, Ingolstadt ,Nuremberg et Furth.
Elle contenait une protestation formelle contre les violences exercées à Munich par une petite minorité. Elle réclamait un gouvernement purement socialiste et la réouverture immédiate de la Diète.
Elle déclarait, en outre, que les troupes bavaroises se plaçaient unanimement sur le terrain de la démocratie et réprouvaient toute dictature. Elle affirmait leur intention d'intervenir à main armée contre les spartakistes, si la nécessité l'exigeait.
La censure, empêchant les opinions politiques de se manifester librement à Munich, le commandement militaire du
3° corps décida de faire connaître au peuple l'opinion de l'armée par la  voie des airs. - (Radio).

La politique sociale des majoritaires

On mande de Munich :
Le parti socialiste majoritaire a déposé à l'Assemblée Nationale de Weimar, une motion de Auer, d'après laquelle la propriété des biens du sol nécessaire au maintien de l'économie publique, appartient à la nation seule. Le gouvernement est invité à réaliser l'étatisation des mines et de la production de l'énergie en faisant participer les ouvriers et les employés au contrôle de l'administration par l'organe des conseils de fabrique. - (Havas.)

Les grèves

Bâle. 3 mars. - On mande de Berlin :
Suivant les journaux, la grève continue dans les imprimeries des journaux Ullstein, Mosse et Scherl ; la Gazette de la Croix ne paraît pas non plus.
Suivant les Frankfurter Nachrichten, les mineurs du bassin houillier d'Altenbourg Meuselwitz ont décidé, à une grande majorité, de reprendre le travail lundi.


EN BAVIÈRE

Coalition socialiste

Il semble bien que la coalition entre majoritaires et indépendants soit maîtresse de la situation.
La Diète est dissoute, mais le rôle accordé aux C. O. S. n'est pas encore clairement délimité.
Le Congrès aurait, samedi, nommé de nouveau ministres : Segnitz (commerce) ; Simon (cultes) ; Nikiset (justice) ; Jaffé
(agriculture) ; U. (justice militaire) ; André (finances) ; Scheidt (transports).
Les éléments coalisés ont lancé une proclamation contre la grève générale et demandé le calme,
Lewin serait expulsé.


 

Dans l'Humanité du 5 mars
"Le gouvernement avait pu, après la mort tragique de Liebknecht et de Rosa Luxembourg, souffler un moment ... L'Allemagne de Scheidemann, de Spahn, de Naumann, après la grande tempête tentait de fonder une république parlementaire à l'exemple de l'occident."
"...La grève politique dirigée contre le gouvernement et contre l'Assemblée nationale sévit maintenant dans toute l'Allemagne centrale"Noske organise la répression ."

"L'état de siège a été proclamé à Bénin, Spandau, T. et N. Noske commandant suprême
a exhorté la population à éviter tout excès ; les perturbateurs seront traduits devant une cour martiale extraordinaire. La garnison de Berlin a été renforcée de 8 000 hommes."

 

 

 

L'Humanité - 5 mars 1919

L'Humanité - 5 mars 1919

LA RÉVOLUTION ALLEMANDE

Gouvernement et C.O.S.

Le mouvement révolutionnaire qui dormait n'attendait qu'un signal pour se réveiller. L'assassinat de Kurt Eisner a marqué une heure nouvelle pour la révolution allemande.

Le gouvernement avait pu, après la mort tragique de Liebknecht et de Rosa Luxembourg, souffler un moment. L'assemblée
de Weimar, dans un calme relatif, discutait les termes de la nouvelle constitution. L'Allemagne de Scheidemann, de Spahn,
de Naumann, après la grande tempête tentait de fonder une république parlementaire à l'exemple de l'occident. Mais le
vent souffle de nouveau. Scheidemann, après une première résistance, paraît près de capituler. Le problème oui occupe le
gouvernement est compliqué. Comment concilier la représentation parlementaire et les organismes populaires des C O S ?

L'agitation prolétarienne semble déjà inquiéter les milieux officiels : on parle ouvertement d'un nouveau ministère où
les indépendants rentreraient et dont les partis bourgeois seraient exclus.

Nous n'en sommes peut être pas encore là. Mais nous ne pouvons oublier qu'il y a huit jours, Scheidemann combattait les
conseils et menaçait de les dissoudre. Aujourd'hui, il les reconnaît.

LE GOUVERNEMENT TEMPORISE

Londres, 4 mars. - On télégraphie de Stockholm au Times :

On s'attend à apprendre à chaque instant que des événements graves sont survenus en Allemagne.

La grève politique dirigée contre le gouvernement et contre l'Assemblée nationale sévit maintenant dans toute l'Allemagne
centrale. Elle n'a mas encore atteint Berlin, mais l'agitation prolétarienne y est intense.

Le gouvernement commence à comprendre qu'il devra modifier sa politique et la diriger de manière à satisfaire aux exigences des Conseils des ouvriers et soldats. Il n'est plus maître de la situation, étant donné qu'il se trouve menacé à la fois par la réaction et par le mouvement ouvrier.

Des efforts considérables sont faits dans la coulisse pour amener Scheidemann à jeter par-dessus bord ses collègues du centre et du parti démocratique en vue de former un ministère purement socialiste. Il y a lieu d'ajouter que des tentatives seront faites pour obtenir l'entrée des socialistes indépendants dans le nouveau ministère. - (L'Information.)

Scheidemann ébranlé

Londres, 4 mars. - Le correspondant des Daily News à Berlin dit que l'appel du gouvernement Scheidemann, demandant au peuple de lui accorder sa confiance, vient trop tard. Il est d'ailleurs douteux que cet appel ait une efficacité quelconque, car le gouvernement a déjà perdu complètement la confiance des ouvriers ainsi qu'en témoigne l'extrême tension oui prévaut dans tous les milieux travaillistes de l'Allemagne entière. - (L'Information,)

Manifeste spartakiste

Bâle. 4 mars. - On télégraphie de Berlin :

Le Drapeau Rouge, organe des Spartakistes, publie un manifeste dans lequel il énumère une longue liste de revendications
prolétariennes.

Il demande l'élection de conseillers de surveillance dans toutes les usines et toutes les entreprises ; l'abolition du régime
arbitraire instauré par la soldatesque ; le rétablissement de la liberté d'associations et de la lilberté de réunions ; la transmission des pouvoirs de la police aux associations ouvr ères ; la dissolution de la garde blanche, et le désarmement des officiers, des étudiants et des bourgeois.

Il exige, en outre, la création immédiate d'une garde rouge : la libération de tous les prisonniers et de tous les condamnés
politiques ; l'établissement, d'un tribunal révolutionnaire ; la conclusion immédiate fie la paix avec la Russie et le rétablisse
ment des relations diplomatiques avec le gouvernement des Soviets. - (Radio).

Noske organise la répression

Bâle, 4 mars. - L'état de siège a été proclamé à Bénin, Spandau, T. et N. Noske commandant suprême a exhorté la population à éviter tout excès ; les perturbateurs seront traduits devant une cour martiale extraordinaire. La
garnison de Berlin a été renforcée de 8 000 hommes.

A Koenigsberg, la milice et la marine ont été désarmées par les troupes du Gouvernement.

D'autre part, on mande de Berlin que, pendant la séance du Congrès des indépenlants, le président Haase a annoncé l'arrestation de Kuhnt, président de la République de Oldenburg. Kuhnt a été arrêté selon toute apparence sur l'ordre de Noske. On l'a amené d'abord à Brème et ensuite à Berlin.

Faerber, député, président du Conseil des Ouvriers de Munster, et Koehnel, député de l'Assemblée nationale, furent aussi
arrêtés à Halle.

Le Congrès a envoyé au gouvernement de Weimar un télégramme d’énergique protestation. - (Radio).

Manifestation des C. O.S. berlinois

Berne, 3 mars. - Une réunion plénière de tous les conseils d'ouvriers de l'agglomération berlinoise s'est prononcée pour le
maintien des comités d'ouvriers et pour l'extension de leurs attributions.

Une deuxième résolution somme le gouvernement de dissoudre immédiatement tous les conseils municipaux et de procédé à de nouvelles élections. La réunion a protesté aussi contre la nouvelle convention signée entre la municipalité berlinoise
et lots boulangers, qui a eu pour conséquence de faire élever le prix du pain. - (Havas).

La nationalisation des mines

Suivant le Vorwaerts, l'établissement du projet concernant la reprise par l'Empire du syndicat des charbons est si avancé
qu'il 'pourra être soumis prochainement à l'Assemblée nationale.

Le gouvernement travaille depuis quelques semaines à uns nouvelle grande loi sur les ouvriers. -' (Havas).

La rage de plaisir

Berne, 4 mars. - Le Berliner Tageblatt du 27 février reproduit la note officielle suivante :

« La guerre, la famine et la révolution ont ravagé la conscience du peuple allemand. Le respect de la loi et du droit, des
convenances et des moeurs a disparu d'une manière effrayante. Alors que la détresse de notre pays est épouvantable, on voit se manifester, "notamment dans les grandes villes, une rage de plaisir qui déconcerte. Il semble qu'une grande partie du peuple est en proie à un vertige que va suivre peut-être un terrible réveil. C'est en vain que retentissent tous les avertissements  
des gens raisonnables, des maîtres de la jeunesse, des prêtres et des pasteurs.- C'est en vain que l'on entend des représentante
des puissances ennemies exprimer leur réprobation : rien ne modère la fureur de danses. On ne tient pas comme des règlements de la police, ni de l'économie de lumière que nécessite la rareté du charbon. Pendant toute la nuit, on mène
joyeuse vie et on danse jusqu'au jour. »

Ce tableau curieux est suivi de menaces énergiques contre les établissement de plaisir qui resteraient ouverts après l'heure réglementaire. On signale d'autre part que la ville dé Berlin a décidé de couper le courant électrique de nombreux établissements de nuit qui usaient trop de lumière.

Le kaiser et son état-major seront jugés par le peuple

Bâle, 4 mars, - La séance des conseils d'ouvriers de Berlin qui a décidé la grève par environ deux tiers de voix, a demande
1a libération des détenus politiques, spécialement de Ledebour et de Radek, la dissolution des tribunaux militaires, le rétablissement des rapports politiques et économiques avec la Russie, la dissolution du corps des volontaires, la transformation des tribunaux existants en tribunaux populaires.

On a passé ensuite au vote de la proposition du Drapeau Rouge demandant là comparution de certains hommes politi-
ques devant le tribunal populaire ; la première partie demandant que le kaiser et le kronprinz, le maréchal Hindenburg et le
général Ludendorff soient jugés a été acceptée ; la deuxième partie demandant la mise en jugement d'Ebert, Scheidemann
et Noske a été repoussée ; en troisième lieu, on a décidé de faire comparaître devant le tribunal révolutionnaire les meurtriers de Rosa Luxembourg, de Liebknecht et des socialistes de gauche.

LA GRÈVE GENERALE A BERLIN

Berne, 4 mars. - On apprend de Berlin que le C. O. S. vient de proclamer la grève générale pour toute l'agglomération berlinoise. La discussion semble avoir été excessivement orageuse.

La Ligue spartakiste publie, dans le Rote Fahne, un grand appel en faveur de la grève générale.

Immédiatement après la proclamation de la grève, des désordres ont éclaté sur différents points de la ville ; des coups de
feu ont été échangés. On signale quelques victimes.

Une attaque dirigée par les spartakistes contre la gare du Nord a été repoussé dans la soirée, et les insurgés ont essayé sans succès de s'emparer de la préfecture. Cinq des émeutiers ont été tués.

Le gouvernement a pris des mesures très énergiques ; l'état de siège a été proclamé.

L'attitude des troupes n'est pas absolument sûre. La division de la marine est ouvertement hostile au gouvernement. Celui-ci croit pourtant compter sur la moitié des troupes berlinoises. Il espère rester maître de la situation..

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009