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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
19 février 2022 6 19 /02 /février /2022 00:19
Karl Liebknecht et l'impérialisme au Maroc - 1911 "Pour nous, le mot d’ordre de fait est « La lutte sur terre ! » et non « la paix sur terre ! "

Citations

"Lorsque nous disons “Paix sur la terre!”, nous l’entendons de manière différente que ces curés qui ont l’habitude de prêcher cela de manière hypocrite du haut de leur chaire. Nous ne sommes pas un parti de la paix dans le sens  où nous souhaiterions que l’humanité toute entière, dans l’état actuel des choses, soit composée exclusivement de gentilles petites sœurs, assises ensemble, buvant du café et mangeant des gâteaux. Nous savons bien au contraire qu’il n’y a pas de salut à notre époque en dehors de la lutte.  Pour nous, le mot d’ordre de fait est « La lutte sur terre ! » et non « la paix sur terre ! » Mais la lutte que nous voulons mener, elle doit être et elle est un combat pour le bien de tous ; c’est le combat pour la libération de l’humanité des chaînes de l’exploitation capitaliste et des entraves de l’oppression politique."

 

"Nous, sociaux-démocrates, savons que notre politique intérieure et extérieure est dictée par les conditions économiques et que ce sont elles qui déterminent le destin des peuples."

 

"Le capitalisme n’a pas exploité les formidables avancées techniques du monde moderne pour créer de l’espace pour tous, pas pour le bien commun, mais pour son propre intérêt et seulement pour créer de nouvelles sources de profits. En conséquence, de larges masses vivent encore  dans le besoin et la misère malgré les immenses richesses que le capitalisme amasse."

 

Karl Liebknecht a consacré plusieurs discours ou articles à l'agression impérialiste coloniale au Maroc.

 

15 juillet 1911 : Une guerre mondiale pour le Maroc Ein Weltkrieg um Marokko?

16 juillet : Les peuples sont les garants de la paix mondiale Die Völker, die Arbeiter sind Hüter des Weltfriedens

 

12 août 1911 : Marokko-Hundtagspolitik Marokko-Hundstagspolitik

13 août 1911 : Le Maroc et la classe ouvrière, discours à Göppingen Marokko und die Arbeiterklasse

3 septembre 1911 : Le socialisme, c'est la paix. Manifestation des travailleurs berlinois pour la paix „Der Sozialismus ist der Friede"

Mi-septembre 1911 : au Congrès du Parti social-démocrate d'Allemagne à Iéna :

. Contre la politique au Maroc des impérialistes allemands (12) Gegen die Marokkopolitik der deutschen Imperialisten

. La jeunesse en mouvement malgré tout (12) ... und die proletarische Jugend bewegt sich doch!"

26 septembre 1911 : A propos du Congrès de Iéna Über den Parteitag in Jena

14 septembre 1911: Pour des actions des masses contre la guerre Für Massenaktionen gegen den Krieg

 

 

Le jardin de la brasserie Dinkelacker

Le jardin de la brasserie Dinkelacker

 Une guerre impérialiste pour le Maroc?

"A la politique mondiale du capitalisme, le prolétariat oppose la politique mondiale du prolétariat mondial."

 

Discours tenu à Stuttgart le 7 juillet 1911, compte-rendu dans la Schwäbische Tagewacht (Stuttgart) et la Freie Volkszeitung (Göppingen), le 17 juillet 1911)

La traduction de ce texte est en cours de finalisation. En voici une première version. Dominique Villaeys-Poirré , le 20 novembre 2021

 

Lorsque le Dr. Karl Liebknecht, accueilli par des applaudissements enthousiastes, monta à la tribune placée au centre de la salle adjacente au jardin, la grande salle était bondée et la foule était dense dans le jardin de la brasserie Dinkelacker. Estimer à 6000 le nombre de participants ne devrait pas être excessif.

 

L’orateur a déclaré:

Si nous considérons notre politique étrangère officielle de ces dernières années, on a l’impression de se retrouver à la foire et l’on entend de tous côtés résonner chants, flutes et violons célébrant la paix, mais à certains moments la grosse caisse intervient et il apparaît que tous ces bruits en faveur de la paix n’étaient rien d’autre qu’un léger clapotis de surface. Nous, sociaux-démocrates, savons que notre politique intérieure et extérieure est dictée par les conditions économiques et que ce sont elles qui déterminent le destin des peuples. (Très juste !). L’affaire du Maroc n’est pas non plus une nouveauté pour nous sociaux-démocrates. En1906, la France et l’Allemagne se sont trouvées tout au bord de la guerre à cause du Maroc. C’était alors le ministre Delcassé – disait-on - qui avait menacé la paix mondiale par sa politique provocante. De longs efforts permirent d’éliminer ce point de discorde. Mais peu de temps s’écoula avant que de nouveau l’Afrique joue un rôle dans la politique extérieure en Allemagne. Depuis longtemps, la France menait une politique de pacification au Maroc. Nous avons pu remarquer que la diplomatie allemande s’est comportée autrefois avec calme face à cela, et lorsque l’Espagne intervint dans le conflit autour du Maroc, cette intervention fut condamnée par la diplomatie allemande. Mais à notre grande surprise, nous avons appris qu’une canonnière était apparue tout à fait soudainement devant le port d’Agadir et que l’Allemagne aussi voulait une part du gâteau marocain. La France et l’Espagne étaient des brigands aussi longtemps qu’elles étaient seules en cause pour le partage du gâteau, depuis que l’Allemagne essaie aussi, cela devient un devoir national, une politique mondiale nationale, dont dépendraient le bonheur et la prospérité du grand peuple allemand.

 

Il est intéressant d’étudier comment a été préparée cette action en Allemagne. On trouve toujours des raisons relevant du droit international. Elles tombent comme des fruits murs. Nous avons appris que l’Allemagne avait d’énormes intérêts matériels en Allemagne. Nous avons appris que les frères Mannesmann et quelques autres entrepreneurs capitalistes voulaient voir leurs intérêts représentés par la diplomatie allemande. Nous entendons parler de propriétaires fonciers, au profit desquels un navire de guerre a été mobilisé et l’incendie propagé au sein de la paix entre les peuples. Il ne s’agit pas d’une attaque fortuite et tout à fait soudaine. Notre capitalisme allemand appelle à corps et à cris des profits, des marchés, une Weltpolitik, l’expansion et là où il y a la moindre opportunité de s’emparer d’un butin, on trouve à l’œuvre des capitalistes allemands, tout comme les capitalistes des autres pays. Le capitalisme moderne ne peut pas se retrouver dans le mot du poète « il y a de la place pour tous sur la terre ». Le capitalisme n’a pas exploité les formidables avancées techniques du monde moderne pour créer de l’espace pour tous, pas pour le bien commun, mais pour son propre intérêt et seulement pour créer de nouvelles sources de profits. En conséquence, de larges masses vivent encore  dans le besoin et la misère malgré les immenses richesses que le capitalisme amasse. (Très juste !) Poussés par leurs classes capitalistes, les différents États se heurtent les uns contre les autres. De toutes parts, nous voyons dans le domaine de la Weltpolitik se développer la lutte pour une part du butin, au profit d’une mince couche de la société qui en tire ses profits. Il est donc compréhensible que  le prolétariat », ait été depuis toujours  un adversaire de la Weltpolitik internationale. La social-démocratie ne défend pas une politique de clocher mesquine ni une limitation absolue à l’espace intérieur étroit compris entre  barrières frontalières. Mais la politique mondiale capitaliste n’est pas menée pour le bien de l’ensemble de l’humanité, c’est une politique de classe ayant pour but de créer de plus en plus de possibilités d’exploitation par la classe capitaliste qui exploite déjà le peuple jusqu’au sang. A la politique mondiale du capitalisme, le prolétariat oppose la politique mondiale du prolétariat mondial. (Vifs applaudissements)

 

L’attitude de l’Allemagne est aussi d’un autre point de vue étrange. Lorsqu’il s’est agi de se partager le gâteau chinois, l’Allemagne était intervenue alors que la session du Reichstag avait expiré. Tous les appels au gouvernement de rappeler le Reichstag restèrent vains. Le financement fut validé a posteriori par les partis bourgeois, malgré la triste issue de la politique chinoise.  Les lauriers décernés à l’avance au comte Waldersee (forte hilarité) n’ont pas donné de fruits ; « Le partage du gâteau » n’a pas abouti. Au contraire, la vie s’est développée en Chine. Kiautcheou, le petit morceau du gâteau, qui est en possession de l’Allemagne, s’est avéré fort « maigre », si bien que personne ne se réjouit de sa possession, et que la question se pose de plus en plus sérieusement si ce ne serait pas mieux de le rendre. Le Reichstag s’étant séparé, la diplomatie a pu continuer  son action néfaste au mépris de la volonté du peuple tout entier.

 

C’est ce qui s’est passé aussi lors de la dernière affaire. Le gouvernement a attendu pour intervenir que le Reichstag et l’Assemblée des représentants de Prusse aient fini de siéger.  Comme pour la politique chinoise, des dépassements significatifs du budget seront aussi la conséquence des dernières mesures. Mais comme nous le lisons dans la presse bourgeoise, le gouvernement n’a pas à redouter d’opposition à ses dangereux agissements. Le seul parti à protester est la social-démocratie.

 

Mais un parlement siégeait encore lorsque fut inaugurée la dernière initiative du gouvernement impérial, un parlement dans un des États fédéraux qui se vante d’avoir une constitution plus libre que d’autres parties de l’Allemagne : l’État fédéral du Wurtemberg, dont on dit qu’il ne doit pas être jugé de la même façon que la Prusse ou les autres États fédéraux « semi-sauvages ». Toute l’Allemagne avait les yeux rivés sur le Landtag du Wurtemberg alors que la motion du parti social-démocrate devait être discutée. Qu’est-ce qu’exigeait cette motion ? Il s’agissait du bien et du sang du peuple allemand. Celui-ci a le droit de savoir ce qui va advenir de lui. Qui pourrait affirmer sérieusement que ces événements graves ne concerneraient pas le peuple ? Nous sommes devenus adultes. Nous ne nous laissons pas imposer de telles politiques (longs et vifs applaudissements !). Voyons ce qui se passe en France. Là-bas, le parlement a le droit de débattre. Là-bas, le gouvernement à dû s’expliquer. Même en Hongrie, un État semi-asiatique, le gouvernement a dû expliquer et subir les questions du soi-disant parlement hongrois. Et qu’avons-nous vécu au parlement wurtembergeois ? Une comédie des plus lamentables, une invraisemblable insulte faite au peuple. Le gouvernement s’est retranché avec un sourire narquois derrière le règlement qui permet de répondre à une interpellation que s’il le souhaite et fait du droit d’interpellation une farce (cris). Les partis bourgeois ont été suffisamment insolents pour ricaner lors de la prise de parole des sociaux-démocrates. S’étaient bien trompés ceux qui pensaient que l’on pouvait cacher par une feuille de vigne la honte de l’absolutisme, que l’on pouvait étendre un peu de baume venu du sud sur les blessures de la politique extérieure allemande. Au lieu de voir  la douleur apaisée, la blessure a été rouverte et  toute la dérision de nos constitutions allemandes est apparue de la façon la plus claire qui soit.  Celui qui pense que l’on peut à partir du Sud combattre la réaction en Prusse allemande, se trompe. Chez nous, dans le nord, nous devons combattre contre les Junker et la réaction, chez vous, au sud, vous qui savez que votre cause est la nôtre, vous devrez nous aider dans le combat pour le droit de vote, qui est le combat politique le plus important que la classe ouvrière doit mener.

 

Lors de la dernière affaire, nous voyons de nouveau, se répéter encore et encore le même jeu. Tant que nous ne mettrons pas ces messieurs à genoux, tant que nous ne leur fermerons pas les yeux, nous ne pourrons attendre d’amélioration de la situation (applaudissements enthousiastes). Les derniers événements montrent une petite dose de bonapartisme. Jamais, notre régime de junkers prussien ne s’est aussi radicalement ridiculisé que ces derniers jours, lorsque l’assemblée des représentants de Prusse fut chassée comme un troupeau de moutons, et que deux sociaux-démocrates ont pu la domestiquer à tel point qu’elle en perdit et la vue et l’ouïe. La lutte sur le droit de vote recommença a éveiller l’intérêt du peuple. Il s’agissait donc de détourner l’attention du peuple, de faire résonner les tambours, d’enfouir  toute velléité de libération dans un océan de chauvinisme et de patriotisme. A la recherche depuis des mois d’un slogan unificateur contre la social-démocratie pour les prochaines élections, la demande de quelques feuilles des junkers et des capitalistes  de susciter des différends en politique extérieure pour créer un enthousiasme national pour les prochaines élections était bienvenue.. Les différences actuelles suscitées par l’affaire marocaine ne sont rien d’autre que la tentative de pouvoir tondre plus facilement le peuple.  Le gouvernement s’est cependant trompé dans cette affaire. Le Delcassé de 1911 est Mr Kiderlen-Wächter. Il a par cette manœuvre maladroit dressé tout le monde civilisé contre l’Allemagne. La France, la Russie, l’Angleterre, l’Espagne sont contre l’Allemagne. L’Italie a déjà fait son petit tour dans lors des négociations d’Algésiras et elle continuera à danser. Et même la fidélité si vantée des « Niebelungen » dont, en 1906, avait témoigné l’Autriche-Hongrie pour le gouvernement allemand, a disparu aujourd’hui, si bien que l’Allemagne se retrouve dans un « splendide » isolement. Nous nous retrouvons face à un monde d’ennemis, que nous devons au cliquetis des sabres de M. Kiderlen-Wächter.

 

L’orateur a ensuite évoqué en quelques mots l’attitude adoptée par le gouvernement impérial face aux limitations des armements proposées par d’autres Etats. Les déclarations de Bethmann Hollweg émises à cette occasion  ont lancé dans le monde un détonateur dangereux. Et maintenant, nous voyons le philosophe Bethmann Hollweg se draper dans la pose du démocrate. Ce même Bethmann Hollweg a donné à l’Alsace-Lorraine un système électoral démocratique, alors qu’il avait prétendu lors des débats sur le projet de loi électorale en Prusse, que le droit de vote universel, égal et direct conduirait au nivellement. Lorsque l’on prétend maintenant que la social-démocratie aurait poursuivi une politique de gouvernement, ceci est une expression inexacte. (Vifs applaudissements. Très juste !). D’où vient chez Bethmann Hollweg ce besoin de démocratisation de l’Alsace-Lorraine ? D’où vient cette décision d’ôter l’aiguille plantée dans le corps alsacien-lorrain. Bethmann Hollweg sait bien, qu’il serait bien plus difficile de mener une action contre la France avec une Alsace-Lorraine hostile plutôt que réconciliée. Il existe une forte présomption que l’attitude  du chancelier n’a d’autre but que de faciliter la continuation de l’expansion de la politique mondiale d’agression contre la France du gouvernement allemand.

 

Nous arrivons à la conclusion que le gouvernement allemande a joué un jeu léger avec les intérêts du peuple allemand, en essayant brusquement de poser son poing ganté d’acier sur le Maroc. (Vifs applaudissements). Mais nous sommes persuadés et le disons à nouveau, le Maroc ne vaut pas le sacrifice d’un seul ouvrier allemand (Vifs applaudissements). Nous ne participerons pas à cette politique du gouvernement allemand. (Applaudissements) Nous voulons mettre en jeu notre pouvoir, pour empêcher le gouvernement d’avancer sur la voie empruntée. Nous savons que nous sommes  d’accord en cela avec les autres partis sociaux-démocrates des autres pays. Nos camarades en France  n’ont pas hésité un instant à dénoncer la politique française d’expansion et de rapine, car il  ne s’agit de rien d’autre qu’une politique internationale d’expansion et de rapine. Nous avons un ennemi commun, c’est le capitalisme, la réaction capitaliste qui pèse tout particulièrement et si fortement sur l’Allemagne. Vaincre le capitalisme international est notre devoir le plus élevé. Mais il ne peut être vaincu que par le prolétariat international, qui face à l’exploitation internationale, voit que son ennemi ne connaît pas les frontières. (Exact !) Nous ne faisons qu’un avec nos frères travailleurs français, nous ne laisserons pas diviser (Vifs applaudissements) Nous voulons être un peuple unique de frères et ne jamais nous diviser dans quelque détresse et quelque danger que ce soit.

 

Le camarade Westmeyer, président de la réunion, prit la parole après que l’orateur a terminé son discours, pour expliquer que le gouvernement wurtembergeois n’ayant pas jugé utile de répondre à l’interpellation de la fraction social-démocrate du Landtag et refusé de donner une réponse au peuple, les 6000 présents aujourd’hui diront au gouvernement ce qu’ils pensent d’une telle politique. Nous ne voulons pas de massacre, nous tendons aussi une main fraternelle à nos frères de l’autre côté de la frontière. Nous voulons donner  notre sang et nos biens  pour maintenir notre civilisation mais nous ne voulons pas sacrifier notre corps pour des Mannesmann&Co. Il lit alors la résolution suivante :

« Les 6000 personnes réunies salle Dinkelacker le 15 juillet proteste avec force contre l’ingérence de l’Allemagne au Maroc, aventure coloniale légère et dangereuse, de nature à détériorer les relations entre l’Allemagne et la France, d’augmenter le poids de l’exploitation et de l’oppression des travailleurs et provoquer les horreurs d’une guerre mondiale. Elles condamnent avec la plus grande fermeté cette entreprise aventureuse, aussi parce qu’elle a été entreprise sans consultation et accord du côté du Reichstag, en  éliminant le Parlement et constitue de ce fait une fuite en avant du régime personnel. Les personnes rassemblées élèvent de ce fait la plus vive des protestations contre le mépris avec lequel a été répondu à l’interpellation du groupe social-démocrate du Landtag du Wurtemberg, de même que contre l’attitude des partis bourgeois, qui se sont rendus complices de nouveau du gouvernement et ont ainsi réduit l’importance de la représentation populaire. Les personnes rassemblées indiquent en accord avec les prolétaires conscients d’Allemagne et de France que pas un homme, pas un sou ne doit être donné pour cette aventure marocaine. Elles expriment leur conviction qu’il est du devoir de la classe ouvrière des deux pays de s’opposer avec tous les moyens à leur disposition à une guerre fratricide. 

L’assemblée considère l’intermède marocain au Maroc comme un fruit de la politique coloniale capitaliste. Derrière le mot d’ordre de la grande Allemagne, celle-ci cherche à prolonger l’existence de l’ordre capitaliste menacé par les antagonismes économiques et sociaux en élargissant à l’échelle internationale la sphère de l’exploitation et de l’oppression. Les bénéficiaires de cette politique coloniale sont de petites cliques d’exploiteurs, ceux qui en supportent la charge les larges masses exploitées. Elle est très consciente que la politique mondiale, caractérisée par le meurtre et le pillage veut de plus détourner l’attention des masses laborieuses de la politique nationaliste hostile au peuple et de ses conséquence inévitables, le militarisme et le marinisme, de même que le régime personnel. Les personnes rassemblées indiquent qu’elles maudissent de la manière la plus énergique et fondamentalement cette politique. Et lui opposent les exigences d’une grande politique de réforme et d’une démocratie  conséquente, qui n’est défendue en Allemagne que par la social-démocratie, et dont l’élément central est actuellement en Prusse la conquête du droit de vote universel, égal, secret et direct de tous les citoyens majeurs sans différence de sexe. »

L’imposante assemblée  a été alors close. Et les participants se séparèrent en entonnant une Marseillaise ouvrière.

Karl Liebknecht et l'impérialisme au Maroc - 1911 "Pour nous, le mot d’ordre de fait est « La lutte sur terre ! » et non « la paix sur terre ! "

Le Maroc et la classe ouvrière

 

Discours tenu à Göppingen le 13 août 1911. (Compte-rendu de presse. La traduction est en cours, ici le début du discours de Karl Liebknecht. Dominique Villaeys-Poirré, le 23 novembre 2021

 

La manifestation en faveur de la paix d’hier s’est transformée en une manifestation d’une ampleur et d’une détermination jamais vue à Göppingen. Des vagues et des vagues de participants ont afflué à partir de 13 heures dans le Schockenseegarten et sur les pelouses. Les travailleurs de Göppingen n’étaient pas les seuls à être apparus en masse, des travailleuses et travailleurs étaient venus en masse des vallées et collines environnantes. La foule -  hommes et femmes – occupait le jardin jusqu’au lac, elle se tenait au coude à coude malgré le soleil de plomb impitoyable régnant sur la pelouse non ombragée. La foule était estimée à environ 5000 personnes. Mais le prolétariat n’était pas seul à la manifestation. Le parquet manifestait lui aussi, pas en la personne du procureur général, contre lequel le « Reichspost » s’était déchaîné, mais un auxiliaire de police et un quelconque agent de la police secrète assuraient cette fois la « surveillance » de la réunion.

 

A deux heures vingt, le Président ouvrit le meeting. Vous savez tous, a-t-il expliqué qu’un vent de tempête guerrière souffle actuellement sur toutes les villes et les districts. Nous nous sommes réunis aujourd’hui pour protester énergiquement contre la guerre, les massacres, contre l’impérialisme.

Nous savons, que cette année on entend dire du haut des chaires de l’ensemble du monde civilisé les mots : "Nous voulons faire régner la paix sur terre !" Et c’est pourquoi nous protestons aujourd’hui de toutes nos forces contre les machinations de notre gouvernement et contre la classe dominante, à l’origine de l’incitation à la guerre. (Applaudissements)

Le président a ensuite donné la parole au Dr Karl Liebknecht, qui, à son arrivée, a été accueilli par des tonnerres d’applaudissements, sur le thème :

 

Le Maroc et la classe ouvrière.

 

Lorsque nous parlons de la “Paix sur la terre!”, nous l’entendons de manière différente que ces curés qui ont l’habitude de prêcher cela de manière hypocrite du haut de leur chaire. Nous ne sommes pas un parti de la paix dans le sens  où nous souhaiterions que l’humanité toute entière, dans l’état actuel des choses, soit composée exclusivement de gentilles petites sœurs, assises ensemble, buvant du café et mangeant des gâteaux. Nous savons bien au contraire qu’il n’y a pas de salut à notre époque en dehors de la lutte.  Pour nous, le mot d’ordre de fait est « La lutte sur terre ! » et non « la paix sur terre ! » Mais la lutte que nous voulons mener, elle doit être et elle est un combat pour le bien de tous ; c’est le combat pour la libération de l’humanité des chaînes de l’exploitation capitaliste et des entraves de l’oppression politique.

 

Ce combat n’est mené que par notre parti et il est mené vers différentes directions. Nous luttons dans les différentes occasions contre les divers excès de l’ordre social actuel. L’un d’eux est la politique coloniale, l’impérialisme qui marque notre époque. Cet impérialisme qui est certainement l’un des traits les plus caractéristiques et les plus importants de notre époque.

Ce n’est pas par l’effet du hasard, ce n’est pas du fait de la volonté de quelque individu insouciant et borné, que la société actuelle a été entraînée par le maelstrom du militarisme, vers le maelstrom de l’impérialisme et du marinisme et que la politique mondiale est devenue aujourd’hui le mot d’ordre de la politique de tous nos États capitalistes. C’est un effet du caractère capitaliste de notre ordre social.

 

Le capitalisme a ceci de particulier – et c’est ce qui caractérise sa nature – qu’il place les moyens d’acquérir des biens, dans les mains de quelques individus appartenant à une classe réduite de la société, qui se sont emparés ainsi du pouvoir sur le grandes masses de la population, que c’est de ce fait entre les mains de ces individus que vont le produit principal et les profits né de tout le travail accompli sur terre, et que ces petits cercles accumulent des richesses qui dépassent ce que l’être humain a pu imaginer. Tous les fantasmes des Mille et une nuits ne sont rien comparés aux richesses fabuleuses qui se trouvent dans les mains des rois, empereurs et tsars de la classe capitalistes. A ces richesses d’une part s’oppose de l’autre la misère noire des grandes masses de la population. 

 

Mais de par sa nature, le capitalisme n’est pas en mesure de distribuer le surplus de richesses qu’il produit à ceux qui dans le propre pays en ont le plus besoin, à ceux qui ont faim et soif et qui n’ont pas de quoi couvrir leur nudité, le capitalisme est avide de profits et ne peut rien offrir tant qu’il reste capitalisme, et parce qu’ils ne veut rien donner, il laisse les pauvres de son pays, qui ne peuvent pas payer, mourir de faim et de soif et aller dans leur nudité, et il utilise les biens excédentaires, qu’il s’est appropriés, hors de ses frontières, pour rechercher de l’autre côté des frontières les opportunités de faire de nouveaux profits et d’entasser des richesses de plus en plus haut – jusqu’à ce que finalement les différentes couches capitalistes des différents États se heurtent les unes aux autres et n’aient plus d’espace entre eux sur terre, si bien qu’ils en viennent à se couper mutuellement l’herbe sous les pieds. Ils se battent alors pour de nouveaux territoires pour leurs débouchés, pour des territoires particulièrement fertiles et dotés en ressources naturelles. Ils combattent brutalement les peuples primitifs. La vie et le moteur de la vie du capitalisme, c’est le profit. Écoutez comme partout à notre époque résonne l’appel au butin, l’appel vers les possessions coloniales. L’Allemagne est entrée dans le cercle des États coloniaux, et après que dans les différents coins du monde et aux confins de la terre déjà, des conflits ont éclaté entre les différentes puissances occidentales impérialiste, après que nous en avons terminé avec l’aventure chinoise, et après que des conflits particulièrement violents se sont produits en Afrique, maintenant, et depuis de longues années, se retrouve au centre de ces conflits africains, le Maroc, un pays qui, au sens colonial, est l’un des plus prometteurs que l’Afrique possède.

Il n’est donc pas étonnant que les différents Etats capitaliste aient leurs yeux justement rivés sur le Maroc ...

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009